Le parking Clé-de-Rive, "cadeau gigantesque", et si on en parlait ?

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Ce lundi 8 février, dans un article de la Tribune de Genève, le promoteur de ce nouveau parking en centre-ville qualifiait le projet de « cadeau gigantesque ». De ce parking privé sur 6 étages, symbole du ‘renouveau’ en Ville, parlons-en.

Il est présenté comme un « pôle de mobilité » révolutionnaire, qui fluidifiera la mobilité et ne coûtera rien à la Ville et à ses contribuables. On pourrait presque croire à un coup de baguette magique. Presque, car derrière ce quasi-don bienveillant se cache avant tout - et surtout - un énième parking souterrain et urbain. Pour être évalué correctement, ce « cadeau gigantesque » mériterait donc quelques qualificatifs supplémentaires.

 

Un « cadeau » gigantesque …

Gigantesque, c’est le cas de le dire! Ce projet de parking privé, c’est la construction d’un mastodonte souterrain de 6 étages pour petites citadines et grosses berlines, scooters, SUV, motos, voitures électriques, camionnettes ... Autant dire qu’en termes de travaux et de bruit, ça risque de déménager, et pour longtemps. Les commerçant.e.s, passant.e.s et habitant.e.s apprécieront! 

On connaît aussi l’attachement qu’a la population envers ses arbres et espaces verts. Ce chantier, s’il est validé, signifie aussi l’abattage immédiat de 69 arbres, dont 9 centenaires. Bien sûr, les généreux donateurs replanteront, mais à quoi bon quand on sait d’avance que ces jeunes arbres seront voués à mourir, posés sur une dalle de béton? Alors que le besoin d’îlots de fraîcheur se fait justement sentir, pourquoi, lorsque des alternatives existent, saccager ce qui existe au lieu de le préserver et le valoriser?

Et dans ces temps d’économies, ce « cadeau », censé ne rien coûter - voire rapporter - reste un danger financier. D’abord, parce que ce sont plus de 34 millions de CHF que les contribuables débourseront pour réaliser des sortes de zones de rencontre au-dessus du parking et aux alentours. Ensuite, et surtout, parce que la Ville ne verra le premier franc de bénéfice qu’au bout de 20 ans. Vous en conviendrez, ça fait cher et long, question retour sur investissement … 

 

… mais empoissonné …

A en écouter certain.e.s, refuser ce projet, c’est refuser un cadeau si joliment (et poliment) offert. ‘Un cadeau ça ne se refuse pas’, c’est aussi le message des promoteurs. En général, en marketing, on entend plutôt que ‘quand c’est gratuit, c’est que le client est le produit’. Il y a donc plus valorisant pour les habitantes et habitants de la deuxième ville de Suisse.

Pire, cette gratuité n’existe pas! Ce projet de parking est le fruit d’un partenariat public-privé. Il n’y a donc aucun altruisme ou action philanthrope derrière cette opération qui reste, et demeure, un projet lucratif financièrement. Aucun investisseur sensé ne s’y aventurerait autrement.

Et cet engagement est contraignant puisqu’il durera 65 années … soit jusqu’en 2086 ! Cette année-là, j’irai sur mes 93 printemps.  Je pense - et espère - qu’à cette époque, nous aurons (enfin!) toutes et tous pris conscience de l’urgence de repenser et pacifier notre centre-ville. Et je fais le voeu aujourd'hui, qu'en 2086, cette urgence aura été concrétisée et qu’aucun parking n’aura été réalisé en centre-ville. Pour notre santé, celle de notre planète et des générations à venir.

 

… et surtout dépassé !

A l’heure de l’urgence climatique et des (r)évolutions en termes de mobilité, ce parking privé ne répond pas à un besoin. Plus encore, les habitant.e.s de la Ville soutiennent largement une nouvelle mobilité, plus ambitieuse : ils l’ont prouvé avec 67,7% de OUI à la loi pour une mobilité cohérente et équilibrée (donnant la priorité à la mobilité douce en centre-ville) en 2016, et 61% de OUI à la suppression de 4’000 places de stationnement en 2020. Alors qu’un.e habitant.e sur deux ne possède pas de voiture, les attentes sont là et il nous faut les entendre.

Notre centre-ville doit être piétonnisé. Il ne peut plus être pensé pour attirer des voitures qui restent stationnées 92% de leur temps. Et si, dans l’intérêt des commerçant.e.s, l’on veut véritablement amener les personnes en centre-ville, privilégions les transports publics: une voiture suisse transporte 1,62 personne alors qu’un seul tramway Tango peut en transporter 400, dont 74 assises !

Enfin, ce « pôle de mobilité » ne sera jamais une vaste zone piétonne, contrairement à ce que promettent les images de synthèse. Il s’agira au mieux d’une zone de rencontre abritant un marché, coincée entre sorties de parkings et grandes voies pénétrantes : entre bruit et pollution, la flânerie, ce ne sera pas pour ici.

 

Ce « cadeau gigantesque », oui, parlons-en. Car derrière de belles (mais trompeuses) promesses, se cache un projet souhaité uniquement par et pour une minorité : celle qui ne voit ni l’urgence climatique, ni l’impact social et économique d’un tel chantier. D’autant plus qu’il est possible de piétonniser sans bétonner: l’initiative municipale pour un centre ville vivant, piéton et végétalisé a été validée en janvier dernier.

Commentaires

  • ALORS PARLONS EN: Information aux votants: Vous devez citer les sociétés privées engagées dans ce projet, leurs intérêts, les fonds engagés par leurs partenaires et quels partenaires.

    Pouvez-vous le faire?

  • Et puis une chose dont on ne parle pas: ce parking rendrait impossible par la suite l`exclusion des voitures du centre-ville puisque lui-meme dans le centre-ville.

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