L'émotion face aux drames de la migration, et si on en parlait?

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Le drame de la migration est à nouveau illustré à travers une photographie brandie comme symbole d'une politique migratoire indigne. Oscar et sa fille Valeria, 2 ans, sont morts noyés dans le Rio Grande en voulant rejoindre les Etats-Unis. L'émotion face aux drames de la migration, parlons-en.

Trois drames devenus des symboles

En septembre 2015, le monde s’indignait devant le petit corps d’Aylan, un enfant syrien de 3 ans retrouvé mort sur une plage turque. Que ce soit dans les médias traditionnels ou sur les réseaux sociaux, chacun-e partageait sa tristesse et son horreur devant une photo hissée au rang d'emblème.

En décembre dernier, après plus de 230 opérations de sauvetage, ‘SOS Méditerranée’ annonçait que l’Aquarius resterait à quai. Sans pavillon et avec un silence coupable des pays européens se renvoyant la balle entre eux, les obstacles étaient trop nombreux. Là aussi, chacun-e a fait part de son indignation face à une décision subie et mettant en danger de mort immédiate les personnes qui tentent chaque jour de traverser la Méditerranée dans la quête d’un avenir serein.

Ces jours, c’est devant la photo des corps d’Oscar et de sa fille Valeria, 2 ans, que le monde s’indigne. Morts noyés dans le Rio Grande alors qu’ils essayaient de franchir la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.

 

Dépasser l'indignation

Ces événements ne sont que quelques reflets des drames humains qui se jouent et se répètent chaque jour. Pour les six premiers mois 2019, selon l’Organisation mondiale pour les migrations, 597 hommes, femmes et enfants ont péri ou disparu en mer Méditerranée. Et ces événements médiatisés soulèvent à chaque fois une vague d’émotion qui transcende toutes les couches de la population. De la signature de pétition aux minutes de silence, en passant par des « Plus jamais ça », les marques de soutien et d’indignations sont nombreuses. Mais temporaires.

La dangerosité du passage de certaines frontières est connue. Encore plus lorsqu'il s'agit de traverser des fleuves ou des mers. Or, s’il y a une certitude, c’est bien que des histoires et des visages peuvent être posés pour l’ensemble de ces grands déplacements migratoires. Le flou de la situation et l'éloignement géographique ne sont pas des excuses. Les solutions sous forme de demi-mesures présentées sans qu’aucun changement de fond n’émerge doivent cesser. Que faut-il pour enfin comprendre qu’une politique d’asile technocratique et égoïste ne résoudra en rien les défis auxquels nous sommes, et resterons, confrontés ? Jusqu’à quand allons-nous nous indigner en attendant une réponse qui soit à la hauteur des enjeux humains ?

 

Pour une politique d'asile humaine et cohérente

Car ces déplacements de population, qu’on le veuille ou non, font partie de notre civilisation, et feront également partie de notre futur. Que ce soit pour des raisons militaires, économiques, politiques, religieuses ou climatiques, les déplacements de population sont communs et façonnent le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui. Selon les estimations, qui peuvent varier et doivent encore être affinées, jusqu’à 250 millions de personnes (trois fois la population allemande) migreraient à cause de phénomènes induits par le dérèglement climatique. L'Afrique, l'Asie du Sud-est et l'Amérique du Sud sont les trois régions principalement concernées. Les différentes études rappellent également que des tensions environnementales comme les déforestations ou l’accès à l’eau peuvent déboucher et/ou alimenter des tensions économiques et politiques.

Le temps de l’indignation doit être dépassé. Collectivement, interpellons nos relais politiques quel que soit leur niveau d’action, pour les mettre face à cette réalité. Il est temps de construire et mettre sur pied une politique d’asile humaine et cohérente. Où les migrant-e-s ne sont pas des lots que l’on se répartit entre pays. Où la vie humaine retrouve un sens.

La crise migratoire, oui parlons-en. Parce que les frontières ne peuvent pas être des cimetières, notre indignation doit se traduire en actes politiques clairs et concrets. Pour que la politique d’asile soit enfin humaine.

Commentaires

  • Beaucoup de gens sont incapables de voir un etre humain a part entiere dans le migrant-réfugié (de la guerre ou de la faim) tant que celui-ci reste une créature virtuelle entrevue dans les médias ou, pire encore, dans les discours des politiciens opportunistes. Ces memes gens sont encore plus incapables d`imaginer qu`ils pourraient aussi etre des migrants si des circonstances extérieures et indépendantes de leur volonté en décidaient ainsi. Ecce homo.

  • J'ai appris récemment le cas d'un handicapé suisse, heureux de son travail en cuisine, qui a été licencié pour être remplacé par un migrant, qui présente un meilleure rapport qualité/prix. Qu'en pensez-vous ?
    Quant à Aylan, je vous invite à vous informer sur la situation réelle de son père qui n'était pas un réfugié mais voulait simplement se faire payer une nouvelle dentition au Canada (dixit sa soeur).

  • Ce ne sont pas les pays occidentaux qui sont responsables mais bien les pays d’origines de tous ces malheureux.
    Accepter tous ces migrants économiques provoque des troubles sociaux et économiques dans nos pays. En outre ces migrants venant dans nos pays sont déracinés et n’arrivent pas à s’adapter à notre mode de vie. Cette migration profite uniquement à quelques privilégiés qui exploitent cette misère humaine. Les ONG permettant à ces migrants de venir ne sont que les idiots utiles d’un libéralisme et mondialisme sans règle. Votre article qui se veut compatissant et ouvert y contribue également. Les montants dépensés pour s’occuper d’un migrant dans nos pays permettraient d’aider de nombreuses personnes dans leurs pays d’origines. Aider ces personnes financièrement (avec un plan d’investissement) dans leur pays d’origine ne présente que des avantages où chacun serait gagnant. Sauf le libéralisme sauvage qui encaisserait moins de profits immédiats.

  • Beaucoup de blabla, mais toujours rien de nouveau.

    En démocratie, c'est le peuple qui décide et qui a poussé les politiciens à fermer les frontières. Les partis ouverts à l'immigration sont laminés aux élections.

    Il faut convaincre les populations, parce que les relais politiques dans ce cas là, sont minoritaires et ne peuvent se soustraire à la démocratie.

    Le réalité est qu'il n'y a plus aucun pays ouvert sur la planète. La parenthèse occidentale s'est refermée.
    Ce n'est pas difficile de fermer les frontières et de renvoyer. La difficulté des politiques, est de trouver un équilibre entre pression populaire et morale, pour éviter de perdre des élections face à un extrémisme. Raté en Italie.
    Le coût d'un renvoi est moindre que le coût du social.

    Le blabla qui s'éloigne de la réalité humaine, ne sert qu'à la bonne conscience, car le réel demande des solutions réalistes.

    En démocratie, il faut convaincre le peuple, un universitaire devrait le savoir.
    L'idéologie de bistrot et le gag du relais politique, n'a guère de chance de s'imposer. A ce que je sache, la gauche, n'est pas inactif, mais pour quel résultat…

    Convaincre les peuples ou échouer, sachant que la morale a été épuisée par la réalité. Votre erreur est d'utiliser la morale. Trouver autre chose de moins stérile qu'un disque rayé que l'on nous passe depuis des années.

  • C'est si bien dit ! A ce propos, le capitaine allemand du bateau de sauvetage Lifeline sera à Bern pour partager son engagement jeudi 4 juillet à 19h, à l'Aula im PROGR, Speichergasse 4 (près de la gare). Entrée libre, chapeau à la sortie.

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